1978-Royaume-Uni : premier «bébé-éprouvette; 2018 Hong Kong : deux premiers «bébés OGM»
Une équipe de l'Institut de neurosciences de l'Académie des sciences de Shanghai a annoncé avoir réussi à faire naître cinq clones d'un macaque ». Laurent Alexandre, chirurgien, prospectiviste et président de DNA Vision, réagit : La convention d'Oviedo interdit toute intervention sur le génome humain entraînant une modification dans celui de la descendance. La législation chinoise l'interdit aussi... du moins en principe.
« En Chine, la génétique à marche forcée »
Les Echos
Yann Verdo observe dans Les Echos : « Bébés génétiquement modifiés, clonage de singes… Les annonces chocs se multiplient en provenance de l'empire du Milieu. Pour le meilleur ou pour le pire ? ».
Le journaliste relève ainsi que « moins de deux mois après le tollé mondial soulevé par la naissance des premiers bébés humains génétiquement modifiés, la Chine a encore frappé les esprits par son savoir-faire et son intrépidité en matière de génétique. Fin janvier, une équipe de l'Institut de neurosciences de l'Académie des sciences de Shanghai a annoncé avoir réussi à faire naître cinq clones d'un macaque ».
Laurent Alexandre, chirurgien, prospectiviste et président de DNA Vision, réagit : « Le clonage d'un primate supérieur est extrêmement compliqué à réaliser, bien plus que celui d'une brebis ».
Yann Verdo précise que « ce n'est pas la première fois que les scientifiques chinois parviennent à cloner un singe, puisque la même équipe de Shanghai avait déjà annoncé en avoir cloné un début 2018. S'agissant des cinq macaques, […] ils sont allés plus loin. Le génome du spécimen unique, dont ils sont la copie conforme, avait en effet été préalablement modifié afin de rendre son porteur artificiellement malade ».
Le journaliste explique que « son horloge biologique a été volontairement et génétiquement déréglée, de façon à ce qu'il développe des troubles du rythme circadien, que les chercheurs ont également constatés chez ses cinq clones, qui ont tous montré des signes de problèmes mentaux (dépression, anxiété, etc.) liés au manque de sommeil. Une expérience qui peut paraître cruelle et qui ne manquera pas de choquer les défenseurs des droits des animaux, mais que ses auteurs défendent au motif de faire progresser la recherche sur les maladies mentales humaines ».
Yann Verdo relève ainsi que « pour mieux comprendre ces dernières et, in fine, développer de nouveaux traitements plus efficaces, la possibilité de les étudier sur des animaux génétiquement identiques est une aubaine : elle permet, par exemple, de mesurer les effets de deux ou plusieurs molécules à la composition chimique légèrement différente. Encore faut-il que les animaux clonés servant de cobayes soient relativement proches de l'homme, ce qui est le cas des primates supérieurs ».
Laurent Alexandre déclare que « l'argument thérapeutique mis en avant par les signataires est tout à fait recevable. Cette percée permettra de disposer en grandes quantités de 'singes schizophrènes', de 'singes Parkinson', etc., sans avoir à dépouiller les forêts d'Afrique ».
Yann Verdo poursuit : « Comme tous les autres commentateurs, l'essayiste belge se montre en revanche beaucoup plus sévère avec He Jiankui, le chercheur de la Southern University of Science and Technology de Shenzhen, passé du jour au lendemain de l'anonymat à la célébrité pour avoir annoncé, le 26 novembre dernier, dans une vidéo postée sur Internet en marge d'un congrès de génétique à Hong Kong, la naissance des deux premiers «bébés OGM» ».
« Immédiatement attaqué de toutes parts, y compris en Chine même, celui que la presse a surnommé depuis le «Frankenstein chinois» s'est défendu en faisant le parallèle avec le scandale provoqué par la naissance, en 1978 au Royaume-Uni, de Louise Brown, le premier «bébé-éprouvette». Si plus personne aujourd'hui ne conteste le bien-fondé de la fécondation in vitro, il n'est pas certain que l'avenir donnera pareillement raison au savant fou de Shenzhen, dont l'université s'est d'ailleurs immédiatement désolidarisée et qui a été visé par une enquête policière », rappelle le journaliste.
Il souligne qu’« altérer le génome d'un embryon, c'est ouvrir la possibilité que cette altération touche aussi les cellules qui, dans cet embryon, vont devenir les gonades (testicules et ovaires), autrement dit que le patrimoine génétique ainsi modifié soit transmis à toute la lignée de l'individu. Cette possibilité n'est pas sûre à 100%, étant donné un phénomène appelé le mosaïcisme, qui fait que toutes les cellules d'un organisme n'ont pas nécessairement et exactement le même génome. Mais, plus la manipulation est opérée à un stade précoce de l'embryon […], plus cette probabilité est élevée ».
Yann Verdo note que « la technique Crispr-Cas9, découverte il y a seulement 7 ans (par la Française Emmanuelle Charpentier, entre autres), n'est pas encore assez bien rodée pour jouer avec ce risque. Car le gène visé n'est pas le seul à être altéré, tant s'en faut. Cette modification ciblée s'accompagne encore de quantité d'autres, non contrôlées et dites «hors-cible» ».
« C'est pourquoi la convention d'Oviedo, que la France a ratifiée en 2011, interdit toute intervention sur le génome humain entraînant une modification dans celui de la descendance. La législation chinoise l'interdit aussi... du moins en principe. Il n'empêche que He Jiankui a pu mener son expérience à son terme, certes sans en référer à un quelconque comité d'éthique ni soumettre ses travaux à une revue à comité de lecture, mais au su et au vu de ses collègues. Ce qui aurait été certainement impossible dans n'importe quelle université du monde occidental »,remarque le journaliste.
 
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