Voilà qui ne va pas simplifier les débats. Et, surtout, qui ne va pas aider les citoyens que nous sommes à nous faire une opinion sur l’efficacité de la chloroquine et de son dérivé, l’hydroxychloroquine, contre le Covid-19.
Depuis que cette molécule, bon marché et prescrite depuis plusieurs décennies contre le paludisme, a émergé parmi les possibles traitements contre le nouveau coronavirus, en France comme à l’étranger, bien des thèses contradictoires se sont affrontées. Formidablement efficace si l’on en croit le docteur Didier Raoult et ses partisans, possiblement utile et de toute façon sans danger pour d’autres médecins (et Donald Trump), inutile voire dangereux pour plusieurs chercheurs. Les partisans de chaque camp s’envoient des noms d’oiseaux et des statistiques définitives à la tête, chacun apportant sur la table des discussions l’étude finale qui devrait mettre tout le monde d’accord.
La dernière en date, publiée ce vendredi 22 mai dans la revue scientifique The Lancet , semble avoir pour elle le nombre de cas étudiés et les moyens mis en œuvre. Elle a d’ailleurs amené l’OMS à suspendre « temporairement » les essais cliniques avec l’hydroxychloroquine qu’elle mène dans plusieurs pays, par mesure de précaution ; le Haut conseil de la santé publique à recommander de « ne pas utiliser l’hydroxychloroquine (HCQ) dans le traitement du Covid-19 » hors essais cliniques ; et Donald Trump à suspendre le traitement préventif à base d’HCQ qu’il avait choisi de son propre chef après avoir reçu le feu vert de son médecin.
Reste que cette vaste étude n’échappe pas aux critiques des adeptes de la chloroquine, le professeur Didier Raoult en tête, à la fois sur sa méthodologie et les acteurs impliqués dans l’étude. Essayons d’y voir plus clair.
Ce que dit l’étude de The Lancet
Menée avec des données portant sur 96 032 patients au total, cette étude parue vendredi 22 mai dans The Lancet conclut que ni la chloroquine, ni l’hydroxychloroquine ne se montrent efficaces contre le Covid-19 chez les malades hospitalisés. Pire : elle démontre que ces molécules augmentent même le risque de décès et d’arythmie cardiaque, autrement dit de troubles du rythme cardiaque.
Il s’agit de la première étude à large échelle à montrer une preuve statistique robuste que ces deux traitements, qui font couler tant d’encre, ne bénéficient pas aux patients du Covid-19, affirme le Dr Mandeep Mehra, auteur principal de l’étude publiée dans la prestigieuse revue médicale.
Pourquoi elle semble sérieuse
- D’abord parce qu’elle est absolument gigantesque. Elle a fait appel à 671 hôpitaux sur six continents avec 96 032 patients entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020. Un échantillon inédit et incomparable : aucune autre étude n’a atteint cette ampleur.
- Ensuite parce qu’elle paraît solide d’un point de vue méthodologique. Elle a en premier lieu réparti 14 888 patients en quatre groupes de traitements : chloroquine seule (1 868 personnes), hydroxychloroquine seule (3 016), chloroquine avec l’antibiotique azithromycine (3 783), et hydroxychloroquine avec l’antibiotique azithromycine, soit peu pou prou le traitement préconisé par le professeur Raoult (6 221).
Puis elle a comparé ces 14 888 personnes avec 81 144 patients sous traitement standard. Au final, les quatre traitements spécifiques ont tous été associés à un risque de mortalité bien plus élevé qu’au sein du groupe témoin standard.