RÉACTION DES MÉDECINS
Chloroquine : le cirque continue. Posté le 24 mai 2020 par Gérard Maudrux Notre Ministre de la santé veut en finir une fois pour toutes avec la polémique, et faire interdire définitivement l’usage de ce produit pour le coronavirus. Pour cela il vient de saisir le Haut Conseil de la Santé Publique, suite à un article du Lancet.
J’ai l’impression que notre Ministre ne lit que les titres des articles, pas le contenu. Un peu court pour décider ! Rappelez-vous déjà il y a un mois, il conseillait à des parlementaires de lire une étude américaine, la citant, montrant que l’Hydroxychloroquine ne marchait pas. Article époustouflant, sur des vétérans de guerre, patients très âgés et à risques, hors indication avec patients tous hospitalisés, dans un état grave, les auteurs reconnaissant d’ailleurs avoir donné l’association HCQ/AZT aux patients les plus graves : « Cependant, l’hydroxychloroquine, avec ou sans azithromycine, était plus susceptible d’être prescriteaux patients atteints d’une maladie plus grave ». Notre Ministre n’a pas insisté et n’a pas saisi le Haut Conseil pour ne pas se ridiculiser un peu plus. Article : https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.04.16.20065920v1.full.pdf .
 
Maintenant il s’appuie sur un article du Lancet, qui n’est pas une étude, mais une compilation de résultats exclusivement hospitaliers, donc hors indication, et très hétérogènes (671 hôpitaux sur 5 continents), sans test d’hétérogénéité, incluant des séries comme celle des vétérans, donnant des doses élevées à des cas très graves, citée plus haut
 
Je ne détaillerai pas cette étude, ne retenant que 2 points importants, pour ne retenir que la conclusion des auteurs.
 
Traitements démarrés en moyenne 10 à 12 jours après les premiers symptômes, et non lors de la première consultation en ville (hospitalisation en moyenne 7-8 jours après premiers symptômes, 1-2 jours pour le diagnostic, puis traitement sous les 48H selon l’étude, total 10-12j). 
Patients tous hospitalisés, alors que depuis 2 mois tout le monde sait que l’HCQ ne marche pas sur les complications nécessitant l’hospitalisation. 
En ce qui concerne la conclusion, je ne donnerai pas d’interprétation personnelle et me contenterai de celle, très honnête, des auteurs, avant dernier paragraphe de l’article : « Nevertheless, a cause-and-effect relationship between drug therapy and survival should not be inferred. These data do not apply to the use of any treatment regimen used in the ambulatory, out-of-hospital setting. »
 
En clair : Ces constatations ne s’appliquent pas aux patients traités en ambulatoire, en dehors de l’hôpital. L’auteur vient de le confirmer clairement dans une interview à France Soir.
 
Si Monsieur Véran, si les membres du Haut Conseil sont objectifs et logiques, si leurs conclusions ne sont pas dictées par d’autres considérations que médicales, ils devraient interdire la Chloroquine dans les hôpitaux, et l’autoriser en ville.
 
En effet il y a une piste intéressante hublot replica dans cet article qui n’a pas été mise en avant, qui rejoint les constatations et mises en garde de l’Agence du Médicament : est-ce que la gravité et les complications de la maladie ne potentialisent pas les effets secondaires de la Chloroquine, puisque chez les hospitalisés, on constaterait plus d’effets indésirables du traitement que depuis des décennies. Est-ce que son autorisation en hôpitaux plutôt qu’en ville n’est pas une énième erreur dans la gestion de cette épidémie ?
 
Il manque une chose, dont nos autorités ne veulent pas, préférant entretenir le doute et la polémique : une étude sérieuse de la prescription en première intention, par les généralistes, dès les premiers symptômes, afin de vérifier le bien-fondé ou non des constatations du Pr Raoult. Pourquoi ne le fait-on pas ? Est-ce que certains ne veulent pas que l’on sache s’ils ont eu tort ou non ? Les opposants au Pr Raoult disent qu’il a tout faux, mais tous refusent de le prouver, alors que c’était facile de le faire en 15 jours, juste en étudiant le nombre d’hospitalisations.
 
C’est en cours depuis 10 jours par le NIH aux USA (https://www.nih.gov/news-events/news-releases/nih-begins-clinical-trial-hydroxychloroquine-azithromycin-treat-covid-19), et cela a été fait dans une étude au Brésil qui n’a pas fait autant de bruit que les publications à charge : 636 patients avec symptômes Covid, traités au tout début de la maladie. Un groupe (412) avec protocole, un groupe sans protocole (224). 1,9% d’hospitalisations dans le groupe traité 5,4% dans le groupe témoin, soit 3 fois plus, avec des courbes montrant que plus c’est prescrit tôt, plus c’est efficace. Article : https://pgibertie.files.wordpress.com/2020/04/2020.04.15-journal-manuscript-final.pdf 
 
Résultat, le Brésil autorise les médecins à prescrire face à la maladie, avec une mise en garde bien précise : le médecin doit informer le patient que le traitement peut être inefficace, et les effets secondaires possibles doivent lui être bien précisés.
 
Une telle attitude mettrait fin à ce cirque : celui qui n’en veut pas n’en prend pas, celui qui en veut en prend, celui qui ne veut pas prescrire ne prescrit pas, celui qui veut prescrire en prescrit. Et si on rendait les gens responsables d’eux-mêmes ? Et si on laissait les médecins faire leur travail ?On l’a vu, quand l’Etat veut faire de la médecine à leur place et se charge d’être responsable à notre place, c’est un échec total.

https://blog.gerardmaudrux.lequotidiendumedecin.fr/2020/05/24/chloroquine-le-cirque-continue/
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