Covid : Allemagne – France : 2 – 0
7 800 morts en Allemagne, 27 500 en France, alors qu’à population égale, il devrait y avoir 34 000 morts en Allemagne. Nous en avons presque 4,5 fois plus, pourquoi ? Cet écart de mortalité est capital, sa compréhension devant conduire à des règles à appliquer pour diviser par 4 la mortalité de la maladie.
Beaucoup se posent la question, j’ai relevé une trentaine d’articles de presse sur le sujet. La presse a une explication, elle est unanime : « l’Allemagne teste à grande échelle, voilà pourquoi elle a moins de morts ». Permettez de ne pas être d’accord avec ce diagnostic erroné. Tester plus, permet de diagnostiquer plus de malades (ce n’est même pas le cas), de les isoler pour qu’ils contaminent moins, empêchant l’épidémie de s’étendre, mais tester n’est pas traiter, et n’influe en rien l’évolution et la gravité de la maladie. Ce n’est pas parce qu’on teste plus, qu’on a moins de morts à population touchée égale.
 
Moins de morts car moins de malades avec l’application précoce de la méthode Coréenne qui repère au plus tôt les contaminés pour les isoler et les suivre ? Pas évident du tout. 142 000 positifs en France, pour 67 millions d’habitants, cela ferait 176 000 pour 83 millions d’habitants en Allemagne, où on décompte 173 000 positifs, soit strictement autant qu’en France à population égale, ni plus, ni moins. En testant 4 fois plus depuis 3 mois, aucune influence sur le nombre de contaminés ! En fait ce parallèle est un peu faussé : si on testait plus en France, on ferait plus de diagnostics, nous avons donc en réalité un peu plus de contaminés. Ce qui n’arrange pas pour autant notre politique, au contraire, car plus de contaminés, cela signifierait un échec de nos mesures et du confinement plus coercitif qu’en Allemagne.
 
Nous avons un confinement bien plus strict que les Allemands, mais le bilan après 4 mois d’évolution (premier cas le 24 janvier en France, le 27 janvier en Allemagne) n’est pas plus favorable avec ces 4,5 fois plus de morts, et plus de contaminés. Pire, l’Allemagne qui a semi-confiné 2 semaines après nous, a commencé à en sortir 2 semaines avant. Un exemple de la différence de traitement des restrictions France/ Allemagne : en France, nombre de cultures fruitières et maraîchères sont restées sur pieds, faute de travailleurs saisonniers pour faire le travail (un appel au peuple a été fait en France, qui n’a couvert que 10% des besoins) ; en Allemagne, début avril, on a pris la décision de faire venir par avion 80 000 saisonniers pour éviter une crise dans ce secteur. Attitude que nos épidémiologistes qualifieraient d’irresponsable, cela ne semble pas avoir eu d’impact sur l’évolution de l’épidémie !
 
Alors avec 4 mois de recul, confinement ou pas, léger ou strict, on constate que n’est pas cela qui influence le nombre de contaminés ou non. L’examen des autres pays le montre également, et on peut même se demander si confiner, in fine, n’a pas aggravé les choses. Une étude espagnole semble aussi montrer que ceux qui sont sortis pour travailler sont moins touchés que ceux qui sont restés enfermés. Exit cette explication que l’on peut prendre dans un sens ou dans l’autre, pour comparer nos taux de décès.
 
Alors si le nombre de tests, le confinement strict, n’ont aucune influence sur la mortalité très inférieure, quelle en est la raison ? On a parlé d’infrastructures supérieures, 24 000 lits de réanimation au lieu de 5 à 6 000. En quoi le nombre de lits diminuerait la gravité de la maladie ? Avec autant de contaminés, en passant notre capacité de 5 à 15 000, juste suffisant, en quoi en avoir 10 000 de plus aurait diminué nos décès ? La supériorité de l’Allemagne ne s’arrête pas aux lits : il y a eu disponibilité quasi immédiate des masques, des tests, des respirateurs, par la production locale. Il y a le personnel soignant aussi : 4,3 médecins / 1000 habitants en Allemagne pour 3,4 en France, 12,9 infirmières / 1 000 en Allemagne contre 10,8 en France. Par contre la France est très riche dans un domaine, celui des administratifs : 35% du personnel dans les hôpitaux chez nous contre 24% en Allemagne. La réactivité est également infiniment plus grande en Allemagne qui n’a pas autant de ministères, de directions de la SS, de Comités, de Hauts comité, d’Agences, de Conseils, de Hauts conseils, de Cnamts, de Cpam, d’ARS,… Mais est-ce que tout ceci a une influence sur l’évolution favorable ou non de la maladie ? Un frein, une pagaille pour la mise en œuvre, oui, un surcoût, oui, mais pour l’évolution individuelle de chaque patient ?  Je ne le pense pas, encore moins dans un rapport de 1 à 4.
 
Personnellement, comme je ne vois pas d’autres facteurs possibles comme l’origine ethnique ou le climat, mais peut-être, à la marge, une population un peu plus jeune, je n’ai qu’une explication crédible à cette différence : la manière dont on traite ces patients quand ils ont des symptômes. Soit c’est le traitement en ville qui en envoie moins à l’hôpital, soit c’est le traitement fait dans hôpitaux qui a plus de succès que chez nous. Pourquoi d’un côté du Rhin la mortalité des contaminés est de 19,4%, de l’autre 4,5% ? 
 
Que font les allemands aux patients contaminés pour qu’ils ne meurent pas ? Manifestement les généralistes et les réanimateurs semblent plus compétents que les nôtres. Triste constat pour nous qui pensions avoir la meilleure médecine au monde ! Et là surprise, personne ne s’y intéresse. J’ai consulté des pages et des pages de tous les articles traitant du Covid en Allemagne et évoquant la différence France-Allemagne : aucun, strictement aucun (ou je suis passé à côté mais c’est bien caché), ne se pose la question du traitement en Allemagne. Apparemment secret d’Etat, même en Allemagne.
 
En pratique, la question du traitement ne se rolex replica pose pas en Allemagne, les médecins sont totalement libres, ni consignes, ni interdits, et il n’y a pas de débat chloroquine dans ce pays, sans pour autant qu’elle soit prescrite plus ou moins. Je suppose que face à ces toux et pneumonies atypiques les antibiotiques sont en première ligne, alors que chez nous, pour un virus, « c’est pas automatique », la préférence allant au Doliprane.
 
Une enquête serait intéressante, même chose dans les hôpitaux, comment sont traités les patients en réanimation. Chez nous il y a eu beaucoup d’errements et de revirements, et chaque équipe a ses méthodes.
 
Une telle différence dans les évolutions de la maladie a forcément une explication, encore faut-il qu’elle soit crédible et indiscutable. Nous avons encore tout à apprendre avec ce coronavirus.


https://blog.gerardmaudrux.lequotidiendumedecin.fr/2020/05/15/covid-allemagne-france-2-0/
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